La grenouille bleue

Critiques cinéma, bibliothèque de chroniques sur les films en salle et passés

16 février 2007

♦ Little Children

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La fiche

poster9,5 / 10          
Et se chercher une vie dans le regard de l'autre ...

Un film de ... Todd Field
24 Janvier 2007


Avec ... Kate Winslet, Sarah Pierce
             Patrick Wilson,
Brad Adamson 

            
Jennifer Connely, Kathy adamson
            
Sadie Goldstein, Lucie Pierc
             etc ...

Synopsis ... Banlieue américaine, controverses et vies entrecroisées, ponctuées par la frustration quotidienne de l'ennui et des désirs réprimés. Un exhibitioniste à tendance pédophile réemménage dans le quartier et voila que la panique s'empare du voisinage effaré et des parents inquiets pour leu chère et tendre progéniture. Les tensions s'exacerbent, au même titre que les sentiments, dans la découverte de soi, et des autres.


"It's the hunger. The hunger for alternative. And the refusal to accept a life of unhappiness."
Sarah Pierce

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Alors ?

    Little Children, de par sa bande-annonce et sa synopsis, s'annonçait pour moi déjà bien avant sa sortie comme un film marquant de ce début 2007. Et je ne suis pas déçue du résultat, loin de là ! Certains l'ont trouvé "lourdingue", "longuet" voire même peu inspiré même s'il fut dans l'ensemble plutôt salué par la critique. Pour ma part, je suis simplement contente de constater que le cinéma peut encore servir des films intelligents et sublimes du qualibre d'American Beauty.


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    Tout comme ce dernier, Little Children puise ses racines dans une banlieue type Américaine où règne le joli petit monde des convenances, non-dits, frustrations, et autres délices des apparences sociales. Une voix-off espiègle, conteuse de la fable, nous présente le menu des réjouissances. Sarah, jeune mère sans fibre maternelle aucune, se retrouve à jouer les ethnologues cyniques tous les après-midis au parc, entourée des papotages pompeux des bourgeoises du quartier. Brad, seul centre d'attraction - et de distracton - de ces mêmes bourgeoises, est un père à la maison frustré à la coupe de sa femme. Quant à Ronnie, quarante ans passés, il vient de sortir de prison et met le quartier en émoi par ses penchants exhibitionnistes, voire pédophiles.

    Voila le cadre du film posé. Ces trois personnages fils rouges ne sont pas des symboles de perfection. Paumés dans leurs vies respectives, constamment traqués par le regard amer et réprobateur de ces "autres" socialement corrects, ils s'enferment et se morfondent d'un décalage qui ne peut se révéler, mais dont le poids se souffre chaque jour un peu plus. Le film est l'histoire de ce vide qui n'aspire qu'à se combler, en dépit des ragôts, des moeurs, et des qu'en dira-t-on.


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    Sarah et Brad se trouvent l'envie commune d'un baiser partagé. Et derrière cet échange adultère auquel ils se livrent, se cache non pas l'amour, ni même l'espoir d'un changement de direction, mais simplement le besoin de se sentir exister, de ressentir, à travers le regard de l'autre, cette estime de soi qu'il leur manque si cruellement. Chacun se plaît à jouer, à croire à cet échange inachevé, au bord de la piscine municipale, théâtre de ce petit jeu de rôles où chacun choisit ce qu'il voudrait être. L'important est de s'apprendre, de se reconnaître, et de s'apprivoiser à nouveau. L'image que leur renvoie l'autre leur donne l'assurance suffisante de valoir bien plus que ce que la vie de tous les jours leur apporte et de croire un peu en eux....

    Quant à Ronnie, pauvre être infantilisé par une mère trop aimante, protectrice des défaillances de son fils, il semble hors-temps, comme figé dans son mal-être, dans ses pulsions qui le poussent à commettre, il le sait, des actes bien plus qu'ignobles. Jamais totalement un monstre, jamais totalement pardonnable. A la frontière entre le dégoût et la compassion.


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    Les sujets du film, libre adaptation du roman de Tom Perrotta, et les discussions qu'il suscite sont multiples, comme ses personnages. Ici la femme libérée, moderne, seul revenu de la famille, au galbe parfait, mère adorée de son fils et épouse dominatrice de son mari et de son couple, à la plastique si parfaitement irréelle. Là l'ex-flic mal dans sa peau, insomniaque, en quête de rémission, qui voit en l'arrivée de Ronnie dans le quartier une occasion d'exprimer sa propre souffrance sur le dos d'un bouc-émissaire trop bien désigné.  Entre harcèlement moral, réprimandes crachées par les bien pensants, et désirs refoulés, chacun tente tant bien que mal d'avancer.


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    Todd Field mène d'une main de maître la trame narrative du film. Celui-ci dispose d’une mise en scène impeccable, originale et propre, et d’un scénario plus qu’intelligent, entre rires, drames personnels, et questionnements. Kate Winslet rayonne de talent en campant cette femme cernée par ses choix passés, sorte d’Emma Bovary, en quête « d’alternative » et e souffle nouveau. Patrick Wilson, révélé récemment par Hard Candy est parfait de froideur dans son rôle d’homme frustré, voire vexé, à l’ego en manque de reconnaissance aux côtés d’une Jennifer Connelly juste et efficace. Jackie Earle Haley, quant à lui, mérite amplement sa nomination aux oscars pour son interprétation prodigieuse et difficile de pédophile culpabilisé au possible.

     Difficile de parler plus encore de Little Children sans en détruire les principaux charmes et originalités. Il suffira de dire que ce film est tout bonnement génial, différent, travaillé et porté par des acteurs, un scénario, et une musique admirables.

 

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En bref

    Pas besoin de résumé, place à la subjectivité totale : Little Children est tout simplement excellent, et il serait bien dommage de le rater en ce mois de février 2007. :)

jukebox_littlechildrenLes +

  • La mise en scène
  • L'image
  • Les acteurs
  • L'histoire
  • Le film tient toutes ses promesses

Les -

  • ... La morale énoncée au final ...


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En plus ...

Quelques images ...

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Posté par Ajual à 01:41 - ♦ Films J K L - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Véritablement le meilleur film de ce début d'année. Une mise en scène impeccable, des acteurs talentueux (très troublant le personnage de Jackie Earle Haley) et cette façon de prendre du recul, comme si la caméra de Todd Field nous plaçait également dans une position d'éthnologue en observation.
    Excellente critique.

    Posté par Wilyrah, 19 février 2007 à 22:28
  • Et oui ...

    ... nous sommes nous aussi placés en psition d'ethnologues. Ou de "petits enfants" écoutant tout simplement la fable et sa morale, patiemment. Sans presser. Comme cet orage qui éclate bien après ses premiers signes en début de film.

    Et merci

    Posté par Anouk, 20 février 2007 à 01:52

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