La grenouille bleue

Critiques cinéma, bibliothèque de chroniques sur les films en salle et passés

10 août 2007

♦ Naissance des pieuvres

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La fiche

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Sans noyer le poisson ...

Un film de ... Céline Sciamma
15 Aout 2007

Avec ... Pauline Acquart, Marie
             Louise Blachère, Anne

             Adèle Haenel, Floriane
            
etc ...

Synopsis ... En assistant par hasard à un spectacle de natation synchronisée, Marie 15 ans, développe une obsession pour cette étrange discipline. A moins que ce désir absurde en cache un autre, plus souterrain, pour cette fille, la star des nageuses, Floriane. Dans la solitude de leurs chambres, les filles de 15 ans ne sont pas gracieuses. Elles ne sont pas ce qu'on croit. Surtout quand le désir et l'amour surgissent violemment pour la première fois comme une maladie avec ses étranges symptômes.

"Eh bien tu vois Marie, c'était pas si difficile." Floriane
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Alors ?

 Ancienne élève de la Femis, Celine Sciamma réalise avec La Naissance des pieuvres son tout premier essai à la caméra. Il est dès le départ important de signaler que le film respire l'exercice de style. En cela rien d'étonnant, puisque le scénario n'est autre que le projet de fin d'études de ladite réalisatrice ... Un défaut qui se ressent surtout dans le choix des personnages, très stéréotypés, mais aussi, et c'est peut-être là le plus grave, dans de nombreuses scènes du film que l'on ne peut s'empêcher de comparer à d'autres longs-métrages passés. Même si elle s'en défend - qui a dit que les avant-premières ne servaient à rien ? - Céline Sciamma souffre de l'influence pop adolescente qu'elle insuffle à son film, autant que de certains partis pris limites intellos pour lesquels elle opte. .

 

 

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.     Pourtant, Naissance des Pieuvres n'a pas que des défauts. Certes le sujet a déjà été visité maintes et maintes fois, certes certains passages semblent tout droit sortis d'un Virgin Suicides décoloré, mais le film, porté par trois actrices quasiment débutantes et par une réalisation parfois inspirée, reste malgré tout assez agréable à suivre. Céline Sciamma ne se casse jamais la figure, même si elle titube parfois dans sa réalisation comme dans la majorité des scènes de natation synchronisée ou dans l'étouffement et l'isolement extrême dans lequel elle enferme ses personnages. .

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.     Quant au thème de l'homosexualité, il demeure tout de même bien mené, bien qu'il soit difficile de ne pas penser à d'autres films plus adultes et aboutis sur le même sujet. Naissance des Pieuvres se sort somme toute plutôt bien de ses démêlés affectifs, grâce notamment à une fin juste et cohérente et au choix pertinent de la réalisatrice de ne pas nous dépeindre l'adolescence comme une période clichée de souffrance pathétique, la souffrance étant ici dans l'inassouvi plus que dans la douleur visible. On saluera également l'attention portée aux détails et la motivation de départ du film, qui se voulait un hymne intemporel à la naissance du désir. Sur ce point, Céline Sciamma a presque tout juste, si ce n'est qu'à trop vouloir filmer le monde féminin, elle en oublie d'aller au plus intime. On ne s'attache jamais vraiment à rien - sauf peut-être à ce personnage un peu boulet qu'interprète avec force et talent Louise Blachère.  .

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.     C'est là tout le coeur du problème. Naissance des pieuvres se veut un film en dents de scie, très inégal et brouillon auquel il manque un peu de maturité, autant dans certains aspects de l'écriture que dans la réalisation. Un long donc poussé par des forces contradictoires : à la fois fin et maladroit, prétentieux et sans prétentions, original et déjà vu ... Prometteur pour cette réalisatrice en herbe, pour peu qu'elle laisse faire le temps.

 

 

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En bref

     Céline Sciamma signe ici un premier essai convaincant, qui se regarde sans ennui, mais sans grand enthousiasme non plus. On lui souhaitera de se débarasser du carcan scolaire de son ancienne école et de voler un peu plus de ses propres ailes à l'avenir, au risque de souffrir encore et toujours de l'influence un peu trop présente d'autres oeuvres sur son propre travail. Quoiqu'il en soit, à la fin de la séance, il reste beaucoup à dire et à débattre sur la Naissance des Pieuvres, et en cela, peut-être, le film demeure un pari réussi, surtout dans l'univers du cinéma français actuel.

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Les +

  • Les actrices
  • L'ambiance
  • La bande-son très A-air-ienne
  • La conclusion

Les -

  • De nombreuses maladresses
  • Certains partis-pris pesants et pompeux
  • Un arrière-goût de frustration

 



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Posté par Ajual à 16:48 - ♦ Films M N O - Commentaires [5] - Permalien [#]

24 mai 2007

♦ La Faille

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La fiche

faille4 / 10           
La faille, c'est qu'il y en a beaucoup trop ...

Un film de ... Gregory Hoblit
09 Mai 2007

Avec ... Anthony Hopkins, Ted Crawford
             Ryan Gosling, Willy Beachum

            
David Strathairn, Joe Lobruto
            
etc ...

Synopsis ...Lorsque Ted Crawford découvre que sa jeune épouse le trompe, il décide de la tuer… mais en mettant au point le crime parfait. Willy Beachum, un ambitieux procureur adjoint, sur le point d’intégrer un prestigieux cabinet d’avocats, se voit confier cette dernière affaire. Mais dans la partie qui s’annonce, rien n’est aussi évident qu’il y paraît.

" If you look close enough, you'll find everyone has a weak spot." Ted Crawford

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Alors ?

    Hopkins, Hopkins. Un acteur que l'on ne peut oublier. De superbes performances. A nouveau sur l'écran pour un film, qui, sans être médiocre, n'est certainement pas à sa mesure. Pour cette partie de "Emprisonne-moi si tu peux", le chasseur n'est évidemment pas celui que l'on pourrait croire, et les pions s'effacent avant même d'avoir pu être avancés. Tout commence par un crime, à la fois passionnel et prémédité, simple histoire de vengeance d'un mari jaloux et calculateur. Du moins c'est ce que l'on est en droit de penser.

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    Mais La Faille surprend par le pari de son histoire : s'intéresser au système judiciaire, à son cheminement et à la conception de la justice qui fait loi dans nos sociétés. Nous connaissons le meurtrier, nous savons qu'il est seul coupable, lui-même l'avoue sans remords dans un premier temps. Et pourtant rien ne pourra officiellement objecter de sa culpabilité . The fracture joue avec délice des failles du système, des défaillances des lois judiciaires. En cela il est un film digne d'intérêt,  plutôt surprenant par son choix narratif qui met en scène la défaillance d'une idéologie sûre d'elle et en apparence implacable.Ou comment la justice peut parfois laisser échapper de vrais monstres...

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    Anthony Hopkins semble aimer les rôles à double tranchant, ambigus, où la malice machiavélique frôle l'intelligence manipulatrice. Evidemment, il y excelle, et l'on se prend au jeu de ce vieux renard rusé confronté à un tout fringant - mais bien trop pédant - jeune loup assoiffé de pouvoir et de reconnaissance. Le film aurait pu avoir un intérêt fort, un concept original et marquant.

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    Pourtant, il n'est que moyen, et pêche de défauts trop évidents qui nuisent à son ensemble. Le jeu de manipulation qui s'opére monte trop rarement en tension, tout semble attendu, facile et, pire encore, on nous sert le couplet du jeune avocat tout d'abord individualiste qui étrangement change de valeurs et décide de bousiller -mais oui - sa carrière pour plus de justice... On rajoute evidemment une blonde dont le rôle est complétement inutile, une petite dose de "justice and truth forever in America" et l'on obtient une fin moralisatrice qui, bien entendu, fait triompher ***** ( je ne le dirai pas mais ça semble couru d'avance ). Fou comme on est surpris ...

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En bref

    Un film qui fait passer le temps pour une après-midi où l'on a pas envie de s'ennuyer, mais pas non plus envie de découvrir un chef-d'oeuvre d'originalité. La réalisation est efficace - rappelant parfois les plans d'un Fincher avec néanmoins moins de talent - et les acteurs convenables dans l'ensemble, avec bien sûr mention pour Hopkins. Bref, un film sympathique, mais dont on aurait pu à juste titre attendre un peu mieux. Tant pis.

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Les +

  • L'humour noir et l'ironie
  • Le duo d'acteur
  • Le visuel

Les -

  • La fin
  • Certains "superflus"

 

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Posté par Ajual à 16:58 - ♦ Films D E F - Commentaires [4] - Permalien [#]

♦ Pirates des caraïbes : jusqu'au bout du monde

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La fiche

poc33,5 / 10           
Et de trois ... heures de trop.

Un film de ... Gore Verbinski
23 Mai 2007

Avec ... Johnny Depp, Jack Sparrow
             Geoffrey Rush, Barbossa

            
Orlando Bloom, Will Turner
            
Keira Knightley, Elizabeth Swann
            
etc ...

Synopsis ... Will et Elizabeth s’allient au capitaine Barbossa pour libérer le Capitaine Jack Sparrow du piège de Davy Jones : le même Davy Jones qui écume les septs mers pour le compte de la compagnie anglaise des Indes Orientales. Bravant les trahisons et les mers hostiles, Will, Elizabeth et Barbossa font voile vers l’exotique Singapour pour affronter le rusé pirate Sao Feng. Alors qu’ils se dirigent vers les confins de la terre, chacun va devoir choisir son camp pour la dernière bataille où se joueront leur vie, mais aussi l’avenir même de tous les pirates et de la liberté…

" They know they face extinction. All that remains is where they make their final stand.  " Barbossa

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Alors ?

    Ah ! La saga Pirates des caraïbes ... presque une tradition. Avec ses bateaux qui coûlent à flots, ses pirates aux dreadlocks impeccables, ses demoiselles à l'âme rebelle et bien sûr ses intrigues à tiroir. Sans oublier son merveilleux fouilli visuel. Fans, n'ayez craintes : Pirates des caraibes est toujours Pirates des caraïbes.

    A une différence près : tout ce qui faisait le charme et l'originalité du premier volet s'est désormais totalement envolé. La faute à qui, à quoi ? Aux midinettes se languissant du - merveilleusement vide - couple Knightley / Bloom et du désormais adulé Jonnhy Depp en pirate déglingué ? Ou bien peut-être tout simplement aux studios et à la loi du filon d'or qui transforme souvent un film plaisant en une trilogie déclinante, voire en une saga atrophiée ...? On ne saurait choisir. Le pari de ce troisième film n'était pas simple : égaler le premier et tenter de faire oublier l'insipidité du deuxième. Au final ? Un résultat très mitigé.
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    Jusqu'au bout du monde...mouais. Et trois heures pour "tout" ceci : des minauderies de Knightley aux expressions d'huitre typiquement Bloomienne. On aurait pourtant volontiers accepté le surjeu de certains, ou encore le faux air inspiré et les attitudes réchauffées des autres, si on nous avait proposé en retour un rien, un brin à peine de scénario, de crédibilité, bref un bon divertissement. Mais il n'en est rien. Le charme du premier film, qui consistait principalement dans le seul personnage de Jack, la légereté d'une histoire ancrée dans l'univers atypique de la piraterie, et un humour particulièrement plaisant, est totalement zappé.
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    Bien sûr, on évite de réitérer le naufrage du deux, mais ce troisième opus n'a plus que les défauts de son histoire, et n'accroche jamais - ou si peu - l'intérêt. D'incohérences en trahisons, de personnages en personnages, mais surtout de déceptions en déceptions, le film nous propose un voyage dans lequel toutes les histoires se confondent dans un grand fatras visuel, tristement et faussement épique, où l'on constate avec regret la déchéance d'un sacré capitaine, Johnny Depp, qui, en plus d'être inutile, a perdu son souffle. Quant aux intrigues, elles semblent tant construites sur du sable que l'on est pas surpris de les voir s'effondrer à la moindre bourrasque, tout comme l'inutilité  de la plupart des personnages.

    On se contentera alors de la rêverie d'une ère qui n'existe pas, où les pirates de tous bords chantent de vieilles chansons oubliées, où les mythes prennent formes sous l'apparence de rares mais magnifiques paysages. Autant alors ne pas s'attarder sur le reste, et se dire que l'on ne nous y reprendra plus.

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    Disney a essayé et Disney a perdu. A vouloir trop tirer sur la vache à lait, celle-ci est devenue stérile. Pirates des Caraïbes est bel et bien un produit estampillé Walt Disney Movies Nanars et n'a plus que pour seul avantage - pas cinéphile mais financier - d'être une habitude déplaisante, le genre de films que l'on va voir sans vraiment le vouloir, par manie, par habitude presque.

    On se souviendra d'un bon départ, un premier film à la rengaine musicale plaisante - touche de couleur dans un univers cinématographique qui se prend souvent trop au sérieux - et d'un vieux pirate du cinéma indépendant, qui nous avait fait rire, amusant et amusé, mais qui désormais devrait savoir que passé un certain âge, il est trop tard pour jouer avec de vieilles épées en plastique.

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En bref


poc_trailerLes +

  • Barbossa
  • Le singe Jack
  • Intrigue Calypso / Davy Jone
  • Bizarrement, c'est un peu tout...

Les -

  • Keira Knightley / Orlando Bloom
  • Le couple "glamour" par excellence : Swann et son Turner
  • Le naufrage du scénario
  • Plus aucune épice à cette sauce Verbinski
  • L'humour PoC : tout simplement inexistant... ou presque

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Posté par Ajual à 16:56 - ♦ Films P Q R - Commentaires [2] - Permalien [#]

19 mars 2007

♪ Friendly Fire, Sean Lennon

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Friendly fire (tir ami), terme militaire pour désigner l'attaque d'un allié par une autre force alliée.

Lennon. Un tel nom peut être un moteur tout comme un handicap. Mais Sean a du talent, énormément de talent. Il passe aisément, et ce dès la première écoute, l'étiquette de "fils de" et démontre sans aucun problème que l'inspiration et la musique sont pour lui un héritage amplement assumé et mérité. Travail et don vont semblent-il de paire pour ce déjà trentenaire, et après un premier album solo superbe en 1998, Into the sun, il nous livre un deuxième opus plus que mélodique.

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L'album ...

    Friendly Fire est un recueil d'histoires conté avec poésie et douceur dont il est dur de décrocher. Sean Lennon invite, propose, ne  s'impose jamais. Et il n'en a pas besoin. Alors certes, certains trouveront que l'album est un peu trop homogène, que tout ça sonne trop simpliste, trop nasillard et trop identique ... Quant à moi, je retiens un opus bien plus agréable que la majorité des albums parus ces derniers mois. Car Friendly Fire est un véritable livret de notes enveloppantes, peut-être pas cottoneuses mais étrangement apaisantes, où il est bon de ne pas avoir à changer de chanson pour la simple raison qu'elles sont toutes indispensables. Acides, parfois simplement teintées d'un sombre romantisme un peu futile, elles restent dans l'effleurement de lointains murmures.

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    L'album est ce tout. Ce mélange d'amertume des erreurs, de la peur des regrets, de son refus, des jours qui passent, n'arrangent rien, arrangent tout. Sans prétention font sourire. Car la vie est aérienne, terrestre, s'envole, se retient. On ne cherche pas à savoir, rien n'est important ici que les souvenirs. Pour ma part, cet album est un joli trait d'union entre des bribes de ressentis personnels et une culture commune et inconsciente, saupoudré d'un brin de naîveté attendrissant et pas aussi niais que l'on pourrait le croire de prime abord. Pour finir, je rajouterai que l'album est actuellement à 10 euros dans toutbon point de vente. Une petite douceur qu'il serait bien dommage de se refuser. Friendly Fire est un de ces disques qui illustre ces petits moments déconnectés du monde, allongé par terre, à observer tout et nimporte quoi, sans véritablement être là. Un disque de toutes les saisons, qui s'accorde aux jours de pluies, enfermés à l'intérieur, à lire sans lire, à rêver sans rêver. En se laissant simplement emporter par la mélodie des sons, par la ligne tracée d'une voix fluette. Familière.

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Le dvd ...

     Sans oublier que Sean Lennon a aussi produit une étrange série de courts-métrages - clips - illustrant chacune de ses chansons. Ce qui au final donne tout simplement une gallerie de rêveries conceptuelles constamment mises en abymes, tantôt délirantes, tantôt plus réalistes. Véritable thérapie post-crash sentimental , le film se révèle un étrange et très particulier parallèle à l'album. Friendly Fire a effectivement été écrit après la mort d'un des amis de S.Lennon. Ami qui avait - entre parenthèses - une relation avec la petite copine du dit Lennon. L'info people est certes peu intéressante en elle-même, mais s'avère au final essentielle si l'on veut complétement appréhender la lecture du dvd et du disque. Les courts bien qu'inégaux en qualité, ont l'avantage de rester totalement décalés et propres à la lubie artistique de Sean Lennon tout en gardant une certaine linéarité très judicieuse, ce qui est déjà en soi, un aspect plutôt positif.


Trève de bla bla bla ...

Site Officiel | Myspace | Amazon
slpresents

 


Posté par Ajual à 13:37 - ♪ Musique - Commentaires [2] - Permalien [#]