La grenouille bleue

Critiques cinéma, bibliothèque de chroniques sur les films en salle et passés

10 août 2007

♦ Naissance des pieuvres

Sans_titre

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La fiche

187711556 / 10           
Sans noyer le poisson ...

Un film de ... Céline Sciamma
15 Aout 2007

Avec ... Pauline Acquart, Marie
             Louise Blachère, Anne

             Adèle Haenel, Floriane
            
etc ...

Synopsis ... En assistant par hasard à un spectacle de natation synchronisée, Marie 15 ans, développe une obsession pour cette étrange discipline. A moins que ce désir absurde en cache un autre, plus souterrain, pour cette fille, la star des nageuses, Floriane. Dans la solitude de leurs chambres, les filles de 15 ans ne sont pas gracieuses. Elles ne sont pas ce qu'on croit. Surtout quand le désir et l'amour surgissent violemment pour la première fois comme une maladie avec ses étranges symptômes.

"Eh bien tu vois Marie, c'était pas si difficile." Floriane
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Alors ?

 Ancienne élève de la Femis, Celine Sciamma réalise avec La Naissance des pieuvres son tout premier essai à la caméra. Il est dès le départ important de signaler que le film respire l'exercice de style. En cela rien d'étonnant, puisque le scénario n'est autre que le projet de fin d'études de ladite réalisatrice ... Un défaut qui se ressent surtout dans le choix des personnages, très stéréotypés, mais aussi, et c'est peut-être là le plus grave, dans de nombreuses scènes du film que l'on ne peut s'empêcher de comparer à d'autres longs-métrages passés. Même si elle s'en défend - qui a dit que les avant-premières ne servaient à rien ? - Céline Sciamma souffre de l'influence pop adolescente qu'elle insuffle à son film, autant que de certains partis pris limites intellos pour lesquels elle opte. .

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.     Pourtant, Naissance des Pieuvres n'a pas que des défauts. Certes le sujet a déjà été visité maintes et maintes fois, certes certains passages semblent tout droit sortis d'un Virgin Suicides décoloré, mais le film, porté par trois actrices quasiment débutantes et par une réalisation parfois inspirée, reste malgré tout assez agréable à suivre. Céline Sciamma ne se casse jamais la figure, même si elle titube parfois dans sa réalisation comme dans la majorité des scènes de natation synchronisée ou dans l'étouffement et l'isolement extrême dans lequel elle enferme ses personnages. .

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.     Quant au thème de l'homosexualité, il demeure tout de même bien mené, bien qu'il soit difficile de ne pas penser à d'autres films plus adultes et aboutis sur le même sujet. Naissance des Pieuvres se sort somme toute plutôt bien de ses démêlés affectifs, grâce notamment à une fin juste et cohérente et au choix pertinent de la réalisatrice de ne pas nous dépeindre l'adolescence comme une période cliché de souffrance pathétique, la souffrance étant ici dans l'inassouvi plus que dans la douleur visible. On saluera également l'attention portée aux détails et la motivation de départ du film, qui se voulait un hymne intemporel à la naissance du désir. Sur ce point, Céline Sciamma a presque tout juste, si ce n'est qu'à trop vouloir filmer le monde féminin, elle en oublie d'aller au plus intime. On ne s'attache jamais vraiment à rien - sauf peut-être à ce personnage un peu boulet qu'interprète avec force et talent Louise Blachère.  .

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.     C'est là tout le coeur du problème. Naissance des pieuvres se veut un film en dents de scie, très inégal et brouillon auquel il manque un peu de maturité, autant dans certains aspects de l'écriture que dans la réalisation. Un long donc poussé par des forces contradictoires : à la fois fin et maladroit, prétentieux et sans prétentions, original et déjà vu ... Prometteur pour cette réalisatrice en herbe, pour peu qu'elle laisse faire le temps.

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En bref

     Céline Sciamma signe ici un premier essai convaincant, qui se regarde sans ennui, mais sans grand enthousiasme non plus. On lui souhaitera de se débarasser du carcan scolaire de son ancienne école et de voler un peu plus de ses propres ailes à l'avenir, au risque de souffrir encore et toujours de l'influence un peu trop présente d'autres oeuvres sur son propre travail. Quoiqu'il en soit, à la fin de la séance, il reste beaucoup à dire et à débattre sur la Naissance des Pieuvres, et en cela, peut-être, le film demeure un pari réussi, surtout dans l'univers du cinéma français actuel.

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Les +

  • Les actrices
  • L'ambiance
  • La bande-son très A-air-ienne
  • La conclusion

Les -

  • De nombreuses maladresses
  • Certains partis-pris pesants et pompeux
  • Un arrière-goût de frustration



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Posté par Palou à 16:48 - ♦ Films M N O - Commentaires [3] - Permalien [#]

25 octobre 2006

♦ Monster

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La fiche

Monster8 / 10          
Monstrueusement humain ...

Un film de ... Patty Jenkins
Avril 2004

Avec ... Charlize Theron, Aileen Wurnos (Lee)
             Christina Ricci, Selby 
            
Bruce Dern, Thomas
             etc ...

Synopsis ... À la fin des années 1980, en Floride, la prostituée Aileen Wurnos entre par inadvertance dans un bar de lesbiennes. Elle y fait la connaissance de Selby Wall, une jeune fille envoyée par ses parents chez une tante chrétienne afin d'être guérie de son attirance pour les femmes. Bien qu'hétérosexuelle, Aileen tombe amoureuse de Selby et la convainc de partir avec elle sur les routes. Peu après, la prostituée tombe sur un client qui la viole de façon ignoble; mais parvenant à se libérer, elle le tue en état de légitime défense.

" All you need is love and to believe in yourself. Nice idea. It doesn't exactly work out that way. But I guess it was better to hear a flat-out lie than to know the truth at 13. " Aileen

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Alors ?

monster_droiteMonster est un film sur l'ambivalence de l'être humain. A travers l'histoire de Aileen Wurnos, première serial killer féminine à avoir été exécutée aux Etats-Unis, Patty Jenkins et Charlize theron - parfaite malgré son jeu et ses mimiques parfois excessives - dressent le portrait d'une femme et de sa lente descente aux enfers. Ce film retrace un parcours chaotique, révélant les failles de notre monde qui laisse parfois naître, vivre et mourir ses enfants dans la misère et la violence. Le ton est donné dès le début du film. Ici pas question de se laisser abuser par quelques images lisses et préfabriquées de la bonne société Américaine. Jenkins filme les bas-fonds et suit le parcours de cette femme perdue en tentant de coller au mieux à la réalité des faits.

Aileen - Lee pour les intimes - rencontre Selby alors qu'elle s'appretaît à dépenser ses derniers 5 $ avant de renoncer définitivement à la vie. Selby est homosexuelle, Lee non, mais cette rencontre va redonner un souffle à son existence asphyxiée. S'installent alors les minutes les plus optimistes du film. On se laisse emporter par cette jeune fille à l'apparence juvénile et fragile qui semble redonner l'envie de se battre au personnage de Aileen. Les plans sont clairs, nets, témoins de cette lueur d'espoir qui semble renaître du néant.

 

monster_4Vient alors l'instant, ou plutot la scène où tout bascule. Lee est violée lors d'une passe. Confrontée à un malade qui la séquestre avant de tenter de la tuer, elle n'hésite pas à tirer. Ce meurtre sera à la fois le point culminant de son histoire, et son commencement. Patty Jenkins parvient à filmer avec une certaine froideur cette agression, ce qui ne la rend que plus horrible et violente, donnant le ton à ce qu'il adviendra par la suite. On aurait pu craindre le manque d'objectivité de ce film quand on sait combien de long-métrages de ce genre se sont cassés la figure, tombant soit dans le pathos débilisant, soit dans la froideur exagérée. Monster se veut bien sûr pathétique, en cela qu'il traite de la déchéance d'un être humain mais la réalisatrice ne cherche pas à excuser Aileen Wurnos, ni à estomper la violence de ses actes. Elle s'attache simplement à nous replacer dans un contexte, qui ne se veut pas dramatique, mais tristement réaliste.

 

Pris dans un engrenage infernal, on assiste avec elle à la dégradation de sa condition d'être humain. Traitée comme un chien, Lee la "pute", n'est que le résultat de ses choix malheureux, mais aussi de la violence, du mépris et de l'horreur dont nous pouvons tous être capables. Une première remise en cause de la socièté s'effectue à travers les différents visages de ces hommes prêts à payer pour s'offrir des femmes considérées comme de véritables objets sexuels. Mais le film aborde également un autre aspect critique qui nous touche plus particulièrement. Quand Lee tente de s'en sortir, galvanisée par l'amour qu'elle porte à Selby et les bonnes paroles que ses professeurs lui assenaient étant gamine, elle ne trouve que dédain,  indifférence voire dégout. On assiste un peu honteux à cette simple vérité : qu'elle reconversion possible pour ces femmes souvent victimes, de leurs choix mais aussi des autres, quant on sait que la socièté n'est même pas prête à les reconnaitre ?

 

monster_basL'amour de Selby n'est au fond qu'une simple manipulation. Lee reste, comme elle l'a toujours été, une moins que rien, tout juste bonne à satisfaire les besoins et les envies d'une gamine gâtée et capricieuse. Christina Ricci tient d'ailleurs ici un rôle particulièrement difficile, mais réussit avec une extrême finesse à camper cette jeune femme égoiste qu'est Selby, manipulatrice dans ces caprices et ces actes envers Lee. Prétendant l'aimer, elle n'hésite pas à exiger qu'elle retourne au tapin afin de ramener l'argent qui leur manque.

Par cette demande elle ne fait que contribuer au désenchantement du personnage de Charlize Theron, dès lors conscient de l'impasse qu'est devenu sa vie. Jenkins filme avec précision l'abandon de l'humanité de Lee. Trop dégoutée par la vie, celle-ci s'accrochera à cet amour désespéré qu'elle a pour Selby. Elle se prostitue à nouveau, tombe sur un pédophile, le tue, récupère son argent et retourne auprès de sa chère et tendre. Puis c'est au tour d'un flic qui gardait - malheureusement pour lui - un fusil dans le coffre de sa voiture. L'engrenage se fera de plus en plus violent, de plus en plus inextricable.

 

monster_gauche Par meurtres successifs, Lee perd son humanité, ses espoirs depuis longtemps éteints. En administrant sa propre justice, elle devient un monstre, d'abord consciente de ce qu'elle fait mais peu à peu submergée par la gravité de ses actes et son propre désespoir. C'est ainsi qu'elle finira par tuer un homme honnête qui tentait pourtant de l'aider. La descente aux enfers est désormais bien entamée, Lee n'a plus le choix. Theron interpréte dans toute sa mesure cet état du personnage, dès lors condamné. La situation deviendra de plus en plus désespérée, tout comme les plans et l'ambiance du film, glauque, fermée, étouffante, jusqu'au dénouement. L'arrestation de Lee apparait alors presque comme une délivrance consentie malgré les fuites et les mensonges.

 

La fin sera traitée avec rapidité. La jeune fille de bonne famille, Selby, sauve sa peau. Pour elle le jeu est terminé, en dénonçant celle qu'elle "aimait" - à sa façon - elle se lave les mains de cette complicité coupable pourtant consentie. Le procès sera traité de façon très concise, ce que certains regretteront surement. Mais après tout, la messe était dite, pourquoi en rajouter ? Les questions posées par cette histoire vraie et revisitée par le cinéma auront été posées. A chacun de trouver ses propres réponses.

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En bref

 Monster traite de cette forme de destin, composé de hasards, de malchance et de mauvais choix, qui pousse l'individu à ses plus profonds et inhumains retranchements, à ses plus vils aspects, à cet état de monstre, écorché, dépouillé malgré lui ou pas de son humanité.

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Les +

  • La performance de Charlize Theron grimmée
  • Christina Ricci
  • L'image
  • Le traitement du fait divers

Les -

  • L'ambiance un peu glauque pour certains
  • Interdit aux moins de 12 ans en France ( ... faut bien être conscient de la dureté de l'histoire qu'on s'apprête à voir )



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Posté par Palou à 20:47 - ♦ Films M N O - Commentaires [1] - Permalien [#]



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